Article de Presse :

Le Vigan : les autres vivants possibles de Florence Ormezzano

un article de Stéphane Cerri

“Evolve”, un projet de Florence Ormezzano, au Château d’Assas, au Vigan, dans le Gard.

Dans l’univers de Florence Ormezzano, se côtoient tous les terrestres possibles, par-delà la suprématie de l’homme sur la nature. Avec l’exposition “Evolve”, qu’elle présente au Château d’Assas au Vigan, dans le Gard, la plasticienne propose une expérience sensitive pour imaginer un autre monde, une autre évolution à la fois philosophique et naturelle.

Florence Ormezzano a été nourrie par la fréquentation dès l’enfance du centre Pompidou, puis par des années passées aux Etats-Unis au Japon. La plasticienne découvre très tôt les avant-gardes européennes, l’art de Duchamp notamment ses spirales qui reviennent régulièrement dans son répertoire de forme, le cirque de Calder ou le magasin de Ben, mais aussi le cinéma expérimentals comme le film La Ferdinanda de Rebecca Horn, « qui montre des corps-machines-animaux en mouvement », où « les acteurs humains sont présents mais pas au centre de l’action. »

Rapidement, elle rencontre aussi les premières techniques de manipulation numérique. Ces inventions ont été initialement créées pour le monde du commerce, mais leurs prouesses ont aussi permis le développement de tout un nouvel imaginaire, en séduisant toute une scène underground new-yorkaise.

Elle s’intéresse aussi à la pensée de la biologiste américaine Donna Haraway qui, dans son essai féministe Manifeste cyborg, imagine une nouvelle ère biologique, la “chthulucène”, après l’anthropocène. Refusant une vision féministe essentialiste, elle utilise la métaphore du cyborg, l’organisme cybernétique, pour transcender les différentes de genre, mais aussi les limites qui partagent la nature et envisager un monde de fusions, de transformations, les modulations… « Le cyborg ne reconnaîtrait pas le Jardin d’Eden ; il n’est pas fait de boue et ne peut pas rêver de retourner à la poussière », écrit-elle notamment. Dans un monde contemporain où les questions du genre et du transhumanisme sont très présentes, Florence Ormezzano dépasse ces problématiques pour mettre en scène une forme de vivant ignorant les limites.

« Face à un monde dominé par le machisme et les machines destructrices, Florence Ormezzano essaie de détacher la science du guerrier », explique Laurent Puech, commissaire de l’exposition. Pour elle, le féminisme prend la forme de la construction d’un autre versant, d’un autre possible.

Dans cet univers toujours plein de souplesse, la main est omniprésente, faisant le lien entre l’humanité et le mécanique, franchissant les règnes pour se mélanger au végétal, faisant se rencontrer les flux et les éléments. Elles relient deux spirales en suspension dans l’air, elles se transforment en vertèbres, elles poussent au milieu des branches grâce à des collages numériques d’une infinie délicatesse… Elles se mélangent pour créer des créatures incompréhensibles où les doigts se serrent et s’entremêlent, évoquant parfois les sculptures de Louise Bourgeois.

Cette autre évolution possible donne aussi naissance à des créatures aquatiques, mélanges de méduses et d’autres organes, qu’elle présente en photo mais dont elle imagine également la vie autonome et l’étude dans une vidéo. Parfois des portions de corps semblent s’émanciper pour évoluer librement hors de leur corps.

Curieusement, ces corps hybrides n’ont rien d’effrayants, ils sont comme une germination fantasmatique, l’embryon d’autre chose. Florence Ormezzano s’autorise même l’humour avec une surréaliste machine à réincarnation, qui s’active en pédalant et permet un grand départ, à condition de garder tous ses sens en éveil.

Jusqu’au 15 novembre. Lundi au vendredi, 10 h 30-12 h et 14 h-17 h. Château d’Assas, 11 rue des Barris, Le Vigan. Entrée libre. 04 99 64 26 62.

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